Promis Der Geschichte Mit Diesen Tipps

Pressetexte für den optimalen lebenslauf

Jusqu' quatorze ou quinze ans, j'ai vecu, au grand desespoir de mon pere, cette vie assez irreguliere, mais tres saine. Entre temps, j'avais appris tant bien que mal mes quatre regles, avec un soupcon d'orthographe. Mes etudes se sont bornees l. Elles n'ont pas ete trop penibles, car elles s'entremelaient pour moi de distractions. J'enguirlandais la marge de mes livres, je decorais le papier bleu de mes cahiers d'ornements ultra-fantaisistes, et j ' y representais, de la facon la plus irreverencieuse, en les deformant le plus possible, la face ou le profil de mes maitres.

La consideration, par ces moyens, m'etant venue, je fus un personnage, bientot, dans la ville. A la devanture du seul et unique encadreur qui fit ses frais au Havre, mes caricatures, insolemment, s'etalaient und cinq ou six de front, dans des baguettes d'or, sou un verre, comme des oeuvres hautement artistiques, et quand je voyais, devant elles, les badauds en admiration s'attrouper, crie, en les montrant du doigt, - C'est un tel! - j'en crevais d'orgueil dans ma peau.

Je devins vite, und ce jeu, d'une belle force. A quinze ans, j'etais connu de tout Le Havre comme caricaturiste. Ma reputation etait meme si bien etablie qu'on me sollicitait platement de tous cotes, pour avoir des portraits-charge. L'abondance des commandes, l'insuffisance aussi des subsides que me fournissait la generosite maternelle m'inspirerent une resolution audacieuse et qui scandalisa, bien entendu, ma famille: je me fis payer mes portraits. Suivant la tete des gens, je les taxais und dix ou vingt francs pour leur charge, et le procede me reussit und merveille. En un mois ma clientele eut double. Je pus adopter le prix unique de vingt francs sans ralentir en rien les commandes. Si j'avais continue, je serais aujourd'hui millionnaire.

On se trompait. Les sept annees qui paraissaient si dures und tant d'autres me paraissaient und moi pleines de charmes. Un ami qui etait un "chass d'Af" et qui adorait la vie militaire, m'avait communique son enthousiasme et insuffle son got d'aventures. Rien ne me semblait attirant comme les chevauchees san fin au grand soleil, les razzias, le crepitement de la poudre, les coups de sabre, les nuits dans le desert sous la tente et je repondis und la mise en demeure de mon pere par un geste d'indifference superbe. J'amenai un mauvais numero. J'obtins, sur mes instances, d'etre verse dans un regiment d'Afrique et je partis.